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13 Mar

Desprez a fleurs jaunes

Publié par AJP  - Catégories :  #Bouturage, #Les roses de l'Haÿ, #rosier grimpant, #Noisette, #rosiers jaunes, #post de Seine et Marne, #Desprez, #Yébles

photo Stéphane Barth

photo Stéphane Barth

Enfants du Sud des Etats-Unis, d'où souffle ce vent qui aujourd'hui n'emporte guère que des images exotiques, les rosiers noisette Desprez à Fleurs Jaunes ont en commun la grâce des âmes rudes .Ainsi ce rosier grimpant, dont on pourrait croire qu'il tient sa vigueur du souvenir des terres arides qui l'on vu naître. Refleurissant inlassablement, il déploie sans faiblir ses grandes roses pleines, en coupes délicates et raffinées.

Il n'est que son teint jaune cuir mêlé de soufre pour rappeler le sol brûlé de ses origines.

Une grande variabilité dans la couleur, évoluant en fonction du temps, de l'ensoleillement, de la saison et du lieu.

Il transmettra ce caractère à son illustre descendant : 'Gloire de Dijon'. 

photo Stéphane Barth

photo Stéphane Barth

Fiche variétale : Desprez à fleurs jaunes
Variété horticole ancienne noisette
Description générique
 
Identifiant :681
Nom :Desprez à fleurs jaunes
Date de création de la fiche :27/02/2006
Dernière mise à jour :11/03/2018 ajp
feuillage :semi persistant dense vert clair sensible au mildiou
Variété cultivée :Oui 31py1 122m9
Couleur dominante :Jaune chamoisé
Couleur secondaire :Rose et blanc cassé
rusticité :- 15
Catégorie :Grimpant  hauteur 5 m à 6 m largeur 3 m
Développement :Moyen
Parfum :puissant
Remontance :très remontant de juin à novembre
Floribondité :Faible grande fleur pleine en quartier, réunies en bouquets de 7 cm
Synonyme :Jaune Desprez - Noisette Desprez     Mille-Ecus
exposition :soleil mi-ombre
Critères horticoles anciennes
 
Race :Noisette
Obtenteur :Desprez R.
Nationalité :France
Année de commercialisation :1830 
Nom du père :Park's Yellow Tea- Scented China
Nom de la mère :Blush Noisette
photo Stéphane Barth

photo Stéphane Barth

journal des roses n° 06 01 06 1877

 

LA ROSE MILLE-ECUS 

Berceau obscur de mon enfance, le petit village d'Yèbles (Seine-et-Marne), a, sous le règne de Louis-Philippe, brillé momentanément d'un éclat dont quelques vieux horticulteurs peuvent encore se souvenir. Là s'était retiré un ancien fonctionnaire amateur des jardins, épris do la tulipe, passionné pour le dahlia, mais notamment fou de la rose, un rosomane, enfin, comme il se qualifiait volontiers lui même. Sans autre stimulant que son goût, sans autre but que l'agréable occupation de ses loisirs, il passait le temps à planter, greffer, bouturer, marcotter, semer, — semer surtout, car on le sait, tandis quo la marcotte, la bouture ou la greffe no peuvent rien changer à la nature dos sujets, le semis seul produit dos variétés nouvelles. — Or, l'ambition de notre campagnard était moins de collectionner que de créer. Non content de posséder des roses de tout le monde, il en voulait qui n'appartinssent qu'à lui. Ses jours s'écoulaient ignorés au milieu de gains non moins ignorés, et dont lui-même était loin de soupçonner la valeur, lorsque vint à passer dans le pays un connaisseur émérite, Pirolle, auteur du Bon Jardinier, rédacteur des Annales de la Société d'Agronomie pratique. Le parfum qu'exhale un enclos le frappe soudain, l'arrête. Il tourne autour des murs, trouve la porte, s'introduit et demande à parler au maître. Le rosomane se présente et, supplié d'y consentir, il promène l'indiscret dans ses plates bandes.  

photo Stéphane Barth

photo Stéphane Barth

Les pivoines sont appréciées, les geraniums complimentés, mais devant les roses, Pirolle demeure attéré, confondu: «Artificielles, n'est-ce pas; en étoffe, en cire, en papier? Non? Véritables? un prodige! Monsieur, vous êtes un sorcier. » Ce dit, il s'approche, se baisse, examine, flaire, soupèse, ouvre son carnet, prend des notes,

et d'une voix émue: « Le trésor est à vous, mais je l'ai découvert, je le puis donc à bon droit, divulguer. On ne vous pendra pas pour cela. Or, de grâce, veuillez m'aider. De quel nom désigner cette rose grenat, cette autre large comme une pivoine, cette autre si fièrement campée sur son pédoncule? — Je ne les ai pas baptisées. Réparons cette faute. Avez-vous, parmi vos amis, quelque vieux militaire blessé, noble et superbe?  Le général Soyez.  Voici son affaire. Et dans les alentours, quelque châtelaine au teint généreux? La baronne Prévost. — Donnons-lui cette filleule. Votre village aux aurores si belles, mérite d'être illustré par cette fleur éclatante ; nommons-la le Carmin d'Yèbles. Et parmi les vôtres, monsieur, cette superbe compagne, ce gros garçon joufflu, cette gracieuse fillette auront bien aussi leurs roses, j'espère ; les voici dans cette planche et parfaitement ressemblantes. Pour achever notre nomenclature, donnons à la plus belle, à la plus étonnante de toutes, un nom qui porte aux quatre coins du monde la gloire de son créateur. Elle est de la variété des Noisettes. Laissez ! point de fausse modestie. C'est écrit. Dans moins d'un an tous les disciples de Flore connaîtront la Noisette-Desprez. » « La célébrité du jour, lisait-on, quelque temps après, dans les Annales de la Société d'Agronomie pratique, l'emporte pour le volume et pour le nombre des pétales sur les plus belles roses connues. Gracieusement inclinée sur son pédoncule flexible, exhalant un parfum mêlé de thé, d'ananas et de jacinthe, elle est couleur de cuivre pâle avec des nuances pourprées du ton le plus délicat. Rien de satiné, rien de doux comme son feuillage, épuisant, du collet au sommet dos rameaux, toute la gamme des verts. Le sujet, robuste, sarmonteux, luxuriant, obéit à tous les caprices ; on en fait indifféremment des massifs, des berceaux, des tonnelles,-dos palissades. Son caractère est si tranché qu'il suffit de l'avoir vu une fois pour le reconnaître toujours. » Le récit de Pirolle fit événement, et l'année suivante, en effet, des amateurs nombreux vinrent à Yèbles visiter les roses. Ce fut, pour beaucoup, l'occasion de quelque surprise. D'aucuns s'étaient imaginé les vastes et somptueuses dépendances d'un château, d'autres le rustique enclos d'une chaumière. Ni ceci, ni cela. Vous descendiez de voiture devant une modeste mais confortable habitation dont le maître, vêtu d'une blouse, il est vrai, parfois même chaussé de sabots, mais l'air distingué, savant comme un dictionnaire et courtois comme un gentilhomme, vous faisait personnellement les honneurs. Vous étiez d'abord promené dans un jardin d'étendue médiocre, où le pois et l'artichaut côtoyaient familièrement le lys et le dahlia, mais où les vrais connaisseurs savaient bien vite apprécier certains carrés favoris, certaines plates-bandes d'élite. L'inspection terminée et quelque besoin de repos se faisant sentir, on vous introduisait dans un frais et joli salon dont les hôtes, moitié par discrétion, moitié par timidité, avaient fui; mais où des livres, des journaux, des peintures en train, divers instruments de musique tels que piano, violon, cor d'harmonie, indiquaient des goûts fins et dos loisirs dignement occupés. Incessamment mis en lumière par les descriptions chaque jour plus explicites et plus élogieuses des Annales, Yèbles fut, vingt années durant, l'objectif non-seulement des horticulteurs, mais des simples curieux, qui, malgré la distance et le mauvais état des chemins, y venaient de Paris, de la province, de l'étranger même, chercher, les uns, des enseignements, les autres, des distractions. Parmi ces pèlerins d'un nouveau genre, citons le docteur Marjolin ami du dahlia ; l'abbé Borlèze connu pour sa collection de pensées ; le Scandinave Uterhart, sans rival pour les giroflées; Hardy, le savant directeur du Luxembourg; Alphonse Karr, Troyon, Redouté, Anaïs Ségalas, Roger de Beauvoir, 

photo Stéphane Barth

photo Stéphane Barth

dont les œuvres, on le sait, témoignent autant d'amour pour les fleurs que de génie pour les lettres et les beaux-arts. Mais, entre tous, celui dont la visite fit le plus de bruit, ce fut un Hollandais nommé Cisley-Vandaël. Il vint en chaise de poste et, sans même vouloir entrer au jardin : « Monsieur, dit-il à son hôte, j'ai loué à Paris un terrain où je compte installer une pépinière. Je tiens à débuter par un coup d'éclat, l'exploitation de votre rose. Combien voulez-vous me la vendre : — Je ne suis pas marchand de roses. — Il ne s'agit point ici de commerce. Thiers, Victor Hugo, Lamartine font bien éditer leurs œuvres : je serai l'éditeur de vos roses. Point d'hésitation permise. Vouloir plus longtemps jouir seul serait le fait d'un égoïste. Et puis, la gloire ; songez donc,la gloire!  Ma foi, reprit le rosomane, vous avez touché la corde sensible. Mon architecte m'a remis hier le mémoire d'une serre que je viens de faire construire; acquittez ce mémoire et la Noisette-Desprez est à vous. Le mémoire se montait à trois mille francs — mille écus. Cisley les tira de sa poche, prit plusieurs pieds de la rose, et, remonté dans sa chaise de poste, — ont raconté les chroniqueurs,— la première chose qu'il fit fut de s'écrier tout joyeux : « Déjà sept mille francs de gagnés! S'attendant effectivement à de bien autres exigences, il s'était provisoirement, et comme à compte, muni d'un groupe de dix mille francs. La nouvelle de ce marché, instantanément répandue, fit sensation, parmi les jardiniers. Elle n'émut pas moins les amateurs. Nous allons donc enfin la posséder, se disaient-ils, cette merveille qu'il ne nous a, jusqu'à ce jour, été donné de contempler et de flairer qu'à distance ! Car il faut bien l'avouer, le rosomane, jaloux de ses gains comme un sultan de ses odalisques, n'en offrait jamais, même aux dames, la moindre tige, le moindre fleuron. Un seul œil, en effet, habilement greffé, eût suffi pour déposséder l'inventeur au profit du premier intrigant venu. Et les lettres affluaient journellement chez l'éditeur, lui demandant vingt pieds, trente pieds, cent pieds de la Mille-Ecus, sobriquet populaire, dont fut dès lors affublée la reine des semis d'Yèbles, et que beaucoup d'horticulteurs lui donnent encore aujourd'hui. Enfin, après deux ou trois ans de multiplications laborieuses, Cisley fit annoncer dans les journaux la vente au détail, à dix francs le pied, de la Noisette-Desprez ; mais , ô surprise ! ô désappointement ! plusieurs confrères la donnaient le même jour, pour cinq francs. Pas l'ombre d'un doute possible, la rose avait été volée ; mais quand, mais où, mais comment, mais par qui? Cette affaire passionna plus qu'on ne saurait croire. Le principal intéresse ouvrit une enquête, mettant naturellement hors de cause Yèbles, dont le maître n'avait pour auxiliaires que des paysans sachant tout au plus distinguer un œillet d'un chyrsanthème, et dont les jardins clos de murs avaient, la nuit, pour gardiens, des chiens incapables de connivence. Quelques fleuristes furent soupçonnés ; Pierre, Paul, Jean, Chapardon, Marouflot ; mais comment accuser sans preuves ? Ils se montraient d'ailleurs d'une susceptibilité redoutable. Un d'eux, pour de vagues propos, cria à la diffamation, intenta une action judiciaire et gagna si bien son procès que nul n'osa plus même hasarder de suppositions malveillantes. On mit l'incident sur le compte d'un oubli, d'une méprise, voire d'une intervention diaboligue. Les romanciers s'en emparèrent, et certain journal publia une série de feuilletons inspirés par la naissance, le mérite et les aventures de la Mille-Ecus. La révolution de février interrompit brusquement ces préoccupations horticoles. Depuis un grand quart de siècle, le pauvre Cisley-Vandaël, victime du larcin qui contribua le plus, dit-on, à l'insuccès de son exploitation, a repris le chemin des polders. Pirolle n'est plus ; le rosomane est mort, les haricots et les betteraves ont remplacé dans ses jardins, Bengales, Provins et Noisettes; l'élégante demeure qu'ont déserté ses hôtes n'est plus qu'un corps de ferme abritant du fourrage, du blé et des bestiaux; Yèbles, qui d'elle seule tenait son éclat, est retombé dans l'obscurité, toutes les passions excitées par le grand mouvement horticole de 1840 sont éteintes, peu même des amateurs ou des praticiens qui les ont partagées virent encore, et parmi ceux-ci combien ont gardé dans leur souvenir le roman de la Mille-Ecus.l Aucun pensais-je, aucun, lorsque dans ces derniers temps, une affaire me conduisit chez un colon des environs d'Alger. A peine eût-il appris mon nom que, me regardant fixement et saluant jusqu'à terre : « Vous? vous, son fils? » s'écria-til. La visite du gouverneur ne l'eût pas ému davantage. Il avait exercé jadis l'état de pépiniériste à Meudon, et des livraisons de plantes l'avaient mis souvent en rapport avec Yèbles. Nous causâmes de l'affaire. Il s'agissait de choses graves: procuration, hypothèque, enregistrement. Peu à peu, cependant, mon colon absorbé, présumais-je, par une idée relative au sujet de notre entretien, ralentit son débit, espaça ses mots, coupa ses phrases et finalement tomba dans une mé- ditation profonde. Puis tout-à-coup, collant sa bouche à mon oreille, et bien bas comme si pareille confidence eût mis sa vie en danger: « C'est Marouflot qui a volé la rose ! » Cette préoccupation rétrospective ne semblera pas toutefois absolument dénuée d'à-propos aux yeux des amateurs d'horticulture. Malgré les caprices de la mode, malgré l'incessante émission de variétés nouvelles, la Noiselle-Desprez figure encore avec honneur sur tous les catalogues. C'est d'ailleurs plus qu'une variété, c'est un type.

 

CHARLES DESPREZ. 

photo Stéphane Barth

photo Stéphane Barth

Bibliographie :

http://www.roseraieduvaldemarne.fr/

http://www.roses-guillot.com

http://www.florum.fr

http://rosemai.canalblog.com

http://www.plantes-et-jardins.com

http://www.roses-anciennes-eve.com

http://lejardindenteoulet.kazeo.com

Didier Petit

Didier Petit

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